APRÈS-COUP

pour toi, anti-être :

dans l’incertitude répète à violences interposées :
de la douleur naitra
la douleur

mon corps s’arrête
dans l’impossibilité

reste le dernier plan

tu disais :
« malgré les apparences
je ne suis pas aussi léger »

le vent tombe
et toi qui vogue au discours emporté

sur le chemin se noie
une dernière minute de colère vertébrale
et la formule m’échappe à te dire

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SOUVENIRS D’AOÛT

C’était en plein août que le ciel commençait à noircir : neuf heures huit heures… «Les jours raccourcissent» ils te disent.

C’est plein août. Les gens partent. Montréal t’es seule compagne. Tu es seul maintenant.

Pour passer le temps les soirs tu sors avec ceux que tu ne vois pas d’habitude. Sur une terrasse un jour. La bière plein les verres.

Ton regard s’accroche à celui d’une personne que tu ne connais pas encore. Il a quelque chose de particulier comme tous les autres. Dans les rues quand tu marches les autres comme toi tu les regardes. Pour leur beauté. Des fois tu prends le temps de t’asseoir sur un banc. Tu prends une gorgée en dégageant tes yeux. Tu sens encore son visage fixé sur le tien. Tu sens que l’ombre des parasols sous la lune te découpe. Tu te retournes dans ton lit enlèves les couvertures il fait encore chaud. Quelques vagues souvenirs. Tu sens que tu as un peu bu ce soir.

Tu n’arrives pas à t’endormir. Le soleil est paru et tu as mal aux pieds sans le sentir trop. Finalement tu arrives à dormir quelques heures le temps de revenir à ta pleine conscience. Tu te réveilles et c’est août le ciel est déjà sombre. Tu fouilles tes paquets de cigarettes sans en trouver. Tu ne veux pas sortir. On te redonne ton change et ton paquet. Tu le déballes maladroitement et tu jettes les papiers dans une poubelle proche. La marche entre la tabagie et chez toi t’offre parfaitement le temps pour fumer ton tabac. Tu t’arrêtes à mi-chemin. À cette heure et ce moment tu trouves qu’il te fait du bien.

Tu es bien en ce moment tu penses avec un peu d’alcool dans ton sang. Tu déprimes un peu juste assez. Aucun regard. Juste toi. Rien ne te fait envie. Tu as envie d’être encore hier. Sur la terrasse tu commandes un verre. Tu attends quelqu’un. Tu sais que finalement tu finiras la soirée comme hier. Une idée t’obsède. Tu bois ton verre. Un autre moins cher après.

Tu ne te souviens plus vraiment du temps clair que tu as eu le temps de voir. Tu regardes ton alcool avec l’envie de l’accuser quand tu échappes ton bâtonnet de tabac. Ton ami te demande si tu vas bien. Tu allumes ta cigarette avec un sourire commun. Tu dis «oui». Tu oublies de lui demander. Tu penses à la cigarette que tu viens d’échapper. Tu te rappelles que ton ami te parle depuis cinq minutes. Ses propos t’intéressent. Tu ne sais pas vraiment de quoi il parle mais tu aimes bien les sons qu’il prononce. Tu lui parles à nouveau d’hier. Tu lui dis que tu aimes bien ses cheveux comment ils sont placés et son visage. Tu ris un peu lui aussi. Tu te rends compte que tu ne bois plus depuis un moment et commandes un autre verre. Ton ami te regarde. Il t’invite à une soirée. L’autre d’hier va y être.

Tu vas toujours bien. Tu lui dis que tu aimes bien son visage. Qu’il est beau. Il te sourit. Tu lâches ses lèvres un instant dans la ruelle. Tu aimes l’embrasser. Tu recommences. Tu finis ton verre. Tu essaies de ne pas regarder ton reflet dans le métro. Ton habitude.

Tu es à cette fête depuis une heure. Les sons ne font plus que te plaire ils t’habitent et tu ris parfois de cette idée que la voix de ces gens t’enveloppe. L’autre te regarde avec un sourire silencieux quand tu lui en parles. Vous fumez dehors. Tu réalises que tu lui parles depuis une heure. Tu serres ton corps contre le sien. Tu l’embrasses sur la nuque. Vos corps satisfaits sous les couvertures.

Vous êtes depuis une heure à vous regarder de près. Rien ne se passe. La sueur luit sur ton visage et le sien. Ses cheveux sont humides. Vous restez enlacés. C’est une belle nuit tu penses.

Tu t’es fait un café en attendant son réveil. Son appartement est beau et grand. Des briques sur les murs. À midi tu fumes une cigarette sur son balcon. Tu manges un sandwich acheté au coin. Tu t’es refait du café. Tu ne veux pas partir avant son réveil. Tu n’as de toute façon rien à faire aujourd’hui. Tes journées sont peu occupées. Tu vis comme ça. C’est peut-être pour ça que tu es bien tu penses.

COMME ÇA

Ta longue main d’inquisitrice, d’yeux sertie, n’a rien à faire ici; le monde continue de battre le rythme de ce que tu caches et ignores de toute ta volonté, à la fenêtre. Je ne veux pas sentir ton haleine sur ce qui porte mon nom et mon odeur; ni derrière moi, ni en mon absence.

Un jour un de nous deux mourra et le sentiment accompli de la libération nous frappera simultanément, moi d’être loin des tentacules du jugement maternel, et toi de ne plus avoir à porter sur ton sein le corps défiguré de celui qui n’est pas son père.

L’éternel s’ouvre à nous, regarde!

OUTRE-MER

à Simon V.

j’étais déjà loin
peut-être dans tes bras
je me souviens j’avais
la tête explosée sur toi
je tremblais

ta voix m’a calmé
une résonance d’un son de terre
un tremblement de peaux

les yeux vides

nous avions la nuit pour pleurer

ça avait commencé
sur un corps de fusain

un homme de traits de lignes
de blanc vide
un homme fantasmé

je t’avais pris pour modèle
quand tu étais parti
j’avais voulu dessiner ta chair
dessiner ta peau tes courbes

me souvenir de toi

nous nous étions retrouvés plus tard
cafés et cigarettes
et silences

la distance transpirait de nous
de nos mots abstraits
sous le soleil d’europe

nous étions loin du temps où
nous étions deux pour regarder
nos lunes sur la montagne

tu nous regardes dans le miroir
pour la dernière fois
tu nous contemples collés
tu fermes les yeux

nous marchons dans la rue
pour la dernière fois
aux regards contemplants
nous fermons les yeux

je rentre seul chez moi
comme demain
mes yeux fermés

tu oublies lentement que nous étions
que nous avions vécu

tu t’effondres souvent chez toi je sais
et sous la lame des fois
ta peau fleurit rouge

c’est la neige chez toi
sous le lampadaire bruyant tu pleures
mais l’hiver est bientôt fini
malgré les briques glacées

et puis c’est mon tour
l’hiver est bientôt fini mais j’ai peur de toi
j’ai peur de ta distance
de ton amérique

ta peau poussière s’effrite
je perds ton visage

un jour mes souvenirs sont au passé

j’étais déjà loin
peut-être dans tes bras