I
[...] dans le tiroir rouge [...]
II
il était plein de doigts
hier
tu m’as dit que la neige était noire
les réverbères étaient éteints
de toute façon il faisait jour
et nous n’étions même plus à Montréal
en fait j’étais en train de rêver
que tu existais
III
ils regardaient lentement
mais nous n’avions plus de whisky
le ciel de paraffine pleurait.
finalement nous nous sommes perdus,
je me souviens de toi
tu es imprimé sur une photo
IV
c’est un voleur.
le tiroir doré de la femme assoupie
boucle d’oreille perdue
les testicules du taureau
quart de livre mi-maigre chez le boucher
la bibliothèque vidée de savoirs
autodafé devant l’opéra
le courant d’air qui éteint la bougie.
comme un oiseau.
V
tes yeux éparpillés sur mon corps de flanelle
VI
ton sourire rectangulaire
silencieux comme le nouveau-né
immobile comme les vents de la plaine
grand comme le grain de sable
peuplé comme le désert
sincère comme l’amour
VII
il est beau [...] comme ce piège à rats perpétuel
toujours retendu par l’animal pris
qui peut prendre seul des rongeurs indéfiniment
et fonctionner même caché sous la paille
moi, je suis laid comme ce coucher de soleil
qui s’éternise dans les yeux des amants
confortablement installés
au bord du pont Champlain
VIII
et surtout
comme ce tiroir entrouvert
où naissent les idées douces
du couteau dans la plaie violette
de l’océan que l’on aperçoit parfois
sur la lune
quand il ne pleut pas trop